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Édité et examiné cliniquement par THE BALANCE Équipe
Fait vérifié

Les chiffres concernant l’intoxication alcoolique, aiguë et chronique, sont nombreux, on les entend partout, à la télévision on nous dit que l’alcool est responsable de 45000 morts par an, à la radio nous entendons que c’est la deuxième cause de mortalité évitable par cancer. Mais qu’en est-il de l’effet immédiat de la prise d’alcool ? Qu’en disent les statistiques ?

Au niveau des services d’urgence, les consultations en lien direct avec une consommation alcoolique atteignent entre 1,2% et 3,1% pour les hommes et 0,3% et 1,4% pour les femmes. Il faut aussi savoir que les plus nombreux problèmes d’accidents de la route, de chutes, d’homicide et de suicides sont reliés à l’intoxication alcoolique. Si nous prenons l’exemple du Québec, chez les jeunes de moins de 24 ans ayant perdu la vie sur la route, 43% avaient des taux d’alcoolémie (taux d’alcool présent dans le sang) supérieurs à la limite imposée par la loi.

Les troubles liés à l’alcool sont fréquents mais surtout évitables. En effet, une consommation modérée et contrôlée permet d’en éviter les conséquences fatales.

L’intoxication alcoolique aiguë (aussi appelée ivresse) constitue un mésusage d’alcool. Ceci est principalement dû à la neurotoxicité de l’éthanol – contenu dans toutes les boissons alcooliques. Elle entraîne de nombreuses perturbations, des symptômes simples aux états compliqués requérant une prise en charge dans un service de réanimation. Il s’agit d’une urgence médicale qui ne doit pas être sous-estimée.

La DSM 5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) a réuni les critères de l’intoxication par l’alcool comme suit :

A.      Ingestion récente d’alcool.

B.      Changements comportementaux ou psychologiques problématiques, cliniquement significatifs qui se sont développés pendant ou peu après l’ingestion d’alcool.

C.       Au moins un des signes ou symptômes suivants, se développant pendant ou peu après la consommation d’alcool :

1.       Discours bredouillant.

2.       Incoordination motrice.

3.       Démarche ébrieuse.

4.       Nystagmus*.

5.       Altération de l’attention ou de la mémoire.

6.       Stupeur ou coma.

D.      Les symptômes ne sont pas dus à une autre affection médicale, et ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental, dont une intoxication par une autre substance.

Nystagmus* : Oscillement rythmique involontaire de l’un ou des deux yeux.

La gravité de l’intoxication éthylique dépend des niveaux d’alcoolémie et de la tolérance individuelle. On distingue l’ivresse simple, l’ivresse pathologique et le coma éthylique.

Ivresse simple- Le sujet ressent une euphorie et une excitation difficilement contenue, avec un certain degré de désinhibition et de facilité sociale et intellectuelle.

Ivresse pathologique- Il existe plusieurs types d’ivresses pathologiques avec un trouble du comportement, une impulsivité, des idées délirantes voire des crises convulsives.

Coma éthylique- Il s’agit d’un état qui peut mettre en jeu le pronostic vital de la personne, avec un taux d’alcoolémie souvent supérieur à 3g/l. On y retrouve des symptômes neurologiques et des signes respiratoires graves. Les complications sont nombreuses : hypoglycémie, acidocétose ou collapsus cardiovasculaire.

Il a été noté que ce sont les buveurs qui s’intoxiquent occasionnellement qui sont les plus en risque de développer ces troubles. En effet, certains facteurs semblent influencer notre réponse à l’alcool, pour en citer quelques-uns :

  • La quantité d’alcool ingérée.
  • Si l’alcool a été pris à jeun ou post prandial.
  • La rapidité de prise d’alcool (dangers du Binge Drinking).
  • Âge.
  • Sexe.
  • Poids.
  • Génétique.

La plupart des boissons alcoolisées consommées sont constituées d’un composé hydrophile (soluble dans l’eau) appelé éthanol. En général, un verre d’alcool équivaut à 1,41 g d’éthanol. Étant donné que l’éthanol est soluble dans l’eau, il n’a aucune difficulté à traverser les cellules du corps car 95% de notre organisme est constitué d’eau. Par conséquent, l’éthanol rejoint facilement la circulation générale et à par de là atteint tous les tissus fonctionnels du corps. Les pics de concentration sont atteints environ 30 à 90 minutes après l’ingestion.

L’alcool a aussi une certaine caractéristique : contrairement aux autres substances psychoactives, il n’a pas de récepteur spécifique, il agit sur la plupart des systèmes de transmission cérébraux. Ainsi, il facilite la transmission synaptique de certains systèmes au niveau cérébrale provoquant une excitabilité du système nerveux central, ainsi que certains symptômes comme des trous de mémoire ou des erreurs de jugement. En se fixant sur les récepteurs de l’acide gamma-aminobutyrique (GABA), il pourrait provoquer une sédation.

Il faut environ 2 à 7 heures en moyenne pour ramener le taux d’alcoolémie à zéro après avoir consommé une boisson alcoolique standardisée. Ce qui signifie que l’alcool met du temps à être éliminé après la dernière consommation, dû à son métabolisme, exposant ainsi le sujet à des conséquences défavorables. En effet, l’alcool continue d’affecter les organes vitaux et altère leur fonctionnement.

L’ivresse aiguë est une urgence médicale, nécessitant un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate. Certains tests rapides peuvent se faire pour déterminer le taux d’alcoolémie.

Alcootest – Il permet d’évaluer le taux d’alcoolémie par mesure du taux d’alcool dans l’air expiré. Lorsqu’une personne consomme de l’alcool, il passe dans les poumons par la circulation sanguine et à partir de là il diffuse dans les échanges gazeux.

Test sanguin – Il s’agit d’un moyen diagnostic plus précis pour déterminer directement la quantité d’alcool présente dans le sang.

Des examens complémentaires permettent de définir l’apparition de complication et de les prendre en charge, particulièrement à la recherche d’une hypoglycémie et de troubles hydroélectrolytiques.

L’ivresse chez la femme- Plusieurs études ont souligné que les femmes sont plus sensibles à toute sorte de troubles et de complications liés à l’alcool par rapport à des hommes du même groupe d’âge et consommant des quantités similaires d’alcool. Ceci serait dû à la différence du métabolisme de l’alcool entre les deux sexes. Principalement métabolisé par le foie, une partie du métabolisme de l’alcool se déroule dans l’estomac, grâce à des enzymes dans la muqueuse gastrique. Certains de ses enzymes (comme l’alcool déshydrogénase) seraient présentes en quantités réduites chez les femmes, les exposant ainsi à une présence prolongée d’alcool dans le sang.

Ivresse et risque d’AVC- Des recherches ont été menées pour déterminer l’influence de l’intoxication alcoolique chronique sur l’apparition, l’aggravation et la prise en charge de l’AVC ischémique, maladie fréquente et souvent mortelle. Selon les résultats observés, l’intoxication alcoolique pourrait exacerber un AVC ischémique, en augmentant la mortalité et la morbidité en entraînant des dommages graves et parfois irréversibles aux neurones.

Il est important de connaître les signes de gravité et de consulter si vous les observez sur vous ou votre entourage :

  • Difficultés respiratoires.
  • Douleur thoracique.
  • Hallucinations et crises convulsives.
  • Troubles de l’équilibre.
  • Vomissement incoercible.
  • Une température basse.
  • Perte de connaissance.

Après un examen clinique minutieux, le médecin élimine toute pathologie intercurrente comme une hypoglycémie, des hématomes intracrâniens ou des hémorragies méningées.

Installation dans un milieu calme- Souvent dans une chambre éclairée, calme, ou l’équipe médicale pourra prodiguer les soins dans un environnement de réassurance.

Réhydratation- Parmi les premières étapes, le patient recevra des fluides par voie intraveineuse pour corriger les troubles hydroélectrolytiques.

Oxygène- Si le patient présente des complications respiratoires, l’oxygénation pourra se faire par une canule nasale. Dans certains cas graves, en cas d’apnée ou de respiration inadéquate, le sujet pourra être intubé par voie endotrachéale avec respiration mécanique.

Supplémentation vitaminique- Comme la vitamine B1 et B6 et le magnésium.

Dialyse- En cas d’insuffisance rénale, les reins n’arrivent plus à filtrer l’alcool du sang, nécessitant dans certains cas une dialyse afin que les quantités excessives d’alcool puissent être épurées.

Un de vos amis est ivre, et vous vous inquiétez, il est important d’avoir quelques bons réflexes.

1.       Appelez le numéro d’urgence et décrivez-leur son cas.

2.       Ne le laissez pas seul. Lorsqu’une personne a beaucoup bu, elle est vulnérable, n’est pas totalement consciente de ce qui l’entoure et peut ainsi se faire du mal.

3.       Allez dans un endroit calme, au frais et tenez-lui compagnie.

4.       Vérifiez son état de conscience, s’il perd connaissance, mettez le dans la position latérale de sécurité (PLS).

5.       Protégez-le des autres et surtout de lui-même. Ne le laissez pas avoir un comportement dangereux comme conduire une voiture ou une moto.

Comme pour beaucoup d’autres poisons, il existe quelques antidotes développés pour l’intoxication éthylique. Le fomépizole inhibe une enzyme clé dans le métabolisme de l’alcool, responsable de la production de métabolites qui produisent plusieurs effets toxiques. Certains effets secondaires ont été rapportés après son utilisation.

La gueule de bois, ou de son terme médical veisalgie, est un ensemble de manifestations s’observant quelques heures après une ingestion de boissons alcooliques. Certains symptômes d’intoxication alcoolique sont confondus avec ceux de la gueule de bois. La déshydratation et l’hypoglycémie provoquées par l’alcool sont souvent mises en cause dans ce phénomène. Parmi les symptômes observés, nous citons :

  • Maux de tête.
  • Nausées.
  • Fatigue et sensation de faiblesse.
  • Difficultés de concentration.
  • Irritabilité, sentiment d’être déprimé.
  • Soif.
  • Mains tremblantes.

Il est important et intéressant de connaître les différents symptômes provoqués par l’intoxication alcoolique. En effet, nous sommes souvent dans une situation, une soirée entre amis, en famille, où les boissons alcooliques sont prises avec peu de précaution. Connaître les signes de gravité vous permettra de savoir réagir et surtout de réagir à temps.

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