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Édité et examiné cliniquement par THE BALANCE Équipe
Fait vérifié

L’alcoolisme, ou alcoolo-dépendance, est une maladie complexe, dont le traitement relève de l’intervention médicale et médico-sociale. Véritable problème de santé publique, l’éthylisme entraîne de graves répercussions sur la vie du patient, avec une souffrance individuelle, familiale et sociale.

L’alcool est la substance psychoactive la plus consommée par les adultes en France, avec des chiffres inquiétants : environ 45000 morts par an. Il faut savoir qu’au niveau mondial, l’alcool est le 3ème facteur de risque de morbidité après l’hypertension et le tabac.

Un dépistage est disponible et accessible avec des outils simples comme certains questionnaires que nous détaillerons plus bas.

L’OMS a défini des seuils concernant la consommation de l’alcool :

  • Jamais plus de 4 verres par occasion pour l’usage ponctuel.
  • Pas plus de 21 verres par semaine pour l’usage régulier chez l’homme (3 verres/jour en moyenne).
  • Pas plus de 14 verres par semaine pour l’usage régulier chez la femme (2 verres/ jour en moyenne).
  • S’abstenir au moins une journée par semaine de toute consommation d’alcool.

La dépendance à l’alcool :

1)      Un fort désir irrépressible de consommer de l’alcool, impossible à contrôler.

2)      Une consommation continue et répétée menant à l’impossibilité de continuer son mode de vie normal, que ce soit les relations sociales et personnelles, le travail et ses activités quotidiennes.

3)      Le mésusage de l’alcool est poursuivi même lorsque la personne est consciente et critique la nature de ses troubles.

4)      La consommation d’alcool se fait même dans des situations clairement dangereuses et pouvant être possiblement fatales au patient.

5)      Une augmentation de la tolérance à l’alcool s’opère, c’est-à-dire un besoin de quantités plus fortes pour obtenir un état d’ivresse. La consommation d’une quantité constante d’alcool se traduit par une diminution nette de son effet

Symptômes de sevrage : Apparaissant quelques heures ou jours après la dernière prise :

6)      Une forte transpiration, avec une fréquence cardiaque qui peut facilement dépasser les 100 battements par minute.

7)      Un tremblement incontrôlable des mains.

8)      Une insomnie avec des cauchemars.

9)      Des nausées et vomissements.

10)   Des hallucinations (perception sans objet à percevoir), ou illusions (perception faussée d’un objet existant) transitoires visuelles, tactiles ou auditives.

11)   Une anxiété, une agitation, une impossibilité à tenir en place.

12)   Des crises convulsives généralisées tonico-cloniques

Signes physiques d’une intoxication aiguë par l’alcool :

13)   Des changements du comportement, qui peut être inapproprié, avec une possible agressivité impulsive et destructrice (risque auto- ou hétéro-agressif marqué comme le fait de s’en prendre à autrui, ou de se faire du mal).

14)   Une altération du jugement avec une humeur changeante, qui peut passer du rire aux larmes, de la tristesse profonde à une euphorie expansive.

15)   Présence d’idées délirantes souvent de persécution telles que « on me veut du mal, on me surveille ».

16)   Un discours bredouillant, la personne a du mal à se faire entendre ou à faire passer une idée simple.

17)   Une démarche ébrieuse voire une incoordination motrice.

18)   Une altération de l’attention (nécessité de répéter plusieurs fois une question pour obtenir une réponse intelligible) ou de la mémoire.

19)   Une stupeur (qui est un véritable trouble de la vigilance) pouvant mener jusqu’à son stade le plus grave, le coma.

Symptômes d’une consommation chronique d’alcool :

20)   L’aspect du sujet change avec : Rhinophyma ou le fait d’avoir un « gros nez rouge bosselé », une haleine éthylique caractéristique, des conjonctives rouges, avec des doigts enflés, un amaigrissement pouvant être important.

21)   Des maladies du foie comme la cirrhose hépatique et la stéatose, dont la gravité est représentée par l’insuffisance hépatique.

22)   Des brûlures œsophagiennes s’inscrivant dans le cadre d’un reflux gastro-œsophagien.

23)   Une gastrite avec des impressions de crampes douloureuses au niveau de l’estomac lorsque le sujet est à jeun.

24)   Des problèmes sexuels avec une baisse importante du désir et de la libido, parfois une impuissance. Dans certains cas, il peut y avoir une absence totale des règles chez la femme et chez les hommes, il peut s’observer une féminisation (comme l’augmentation de la taille des glandes mammaires, diminution de la taille des testicules).

25)   Des maladies du pancréas comme une pancréatite aiguë et chronique, ayant parfois comme conséquence, un diabète.

26)   Plusieurs maladies cardiaques peuvent atteindre le patient alcoolique comme l’hypertension artérielle et pathologies du muscle cardiaque.

27)   Des complications infectieuses comme la tuberculose ou des pneumopathies.

28)   Des complications hématologiques comme une leucopénie (c’est-à-dire diminution du nombre de globules blancs), thrombopénie (diminution du nombre de plaquettes), une anémie.

29)   Le syndrome d’alcoolisation fœtale qui est le risque d’accoucher de nourrissons souffrant d’une dysmorphie et d’un retard mental.

Deux entités importantes à connaître :

  • Le Délirium Tremens : Il s’agit d’un syndrome spécifique et grave du sevrage d’alcool. Il associe une confusion mentale (c’est-à-dire que le sujet est désorienté, ne sait pas où il se trouve, avec une difficulté à se concentrer, donnant l’impression de sombrer dans l’inconscience) avec un syndrome délirant et des symptômes généraux comme l’augmentation de la température. Ce syndrome est prévenu par un traitement préventif spécifique dont toute personne alcoolodépendante en sevrage en bénéficiera.
  • L’encéphalopathie de Gayet-Wernicke et le syndrome de Korsakoff :  Ce sont des syndromes principalement dus à une carence en vitamine B1. Ils se caractérisent par un syndrome confusionnel, des troubles de l’équilibre et des problèmes oculaires. 

Comme cité plus haut, il existe plusieurs outils de prévention et de dépistage, dont des questionnaires ainsi que des marqueurs biologiques. Parmi ces marqueurs biologiques nous avons le taux VGM qui permet de détecter une anémie due le plus souvent à une carence en vitamines.

Prenons l’exemple du questionnaire DETA (Diminuer Entourage Trop Alcool) :

1) Avez-vous déjà ressenti le besoin de diminuer votre consommation de boissons alcoolisées ?

2) Votre entourage vous a-t-il déjà fait des remarques au sujet de votre consommation ?

3)     Avez-vous déjà eu l’impression que vous buviez trop ?

4)     Avez-vous déjà eu besoin d’alcool dès le matin ?

Une réponse positive à deux questions sur quatre est un bon critère prédictif d’un problème de consommation d’alcool.

D’autres questionnaires existent, tel que le questionnaire AUDIT (Alcohol Use DIsorders Test) qui est considéré comme le test de référence pour évaluer la consommation des boissons alcoolisées. Il existe aussi le questionnaire FACE (Formule pour Approcher la Consommation d’alcool par Entretien) qui analyse la prise alcoolique des douze derniers mois.

L’alcoolisme est une maladie longtemps étudiée, les modalités de sa prise en charge deviennent de plus en plus codifiées et accessibles. Il est important de savoir que la personne souffrant de l’addiction à l’alcool ne confronte pas seule son sevrage. Les équipes sont souvent composées de médecins spécialisés en addictologie ou psychiatres, des psychologues, complétées par un personnel qualifié dans le traitement des troubles addictifs.

Le traitement comprend le plus souvent :

  • Un arrêt de l’alcool auquel on associe une réhydratation.
  • Un traitement médicamenteux par des benzodiazépines (comme le diazépam ou oxazépam).
  • Une vitaminothérapie par vitamine B1, B6, PP pour combler toute carence et ainsi prévenir les complications qui peuvent en résulter.
  • Certains traitements existent pour aider au maintien de l’abstinence comme l’Acamprosate, la Naltréxone, le Disulfiram et le Baclofène. Le médecin n’hésitera pas à recourir aux différentes médications pour aider la personne souffrante tout en restant dans leurs indications.
  • Un suivi psychologique rigoureux par des psychothérapies de soutien et des thérapies plus spécialisées appelées les thérapies cognitivo-comportementales (visant à changer les pensées dysfonctionnelles et les comportements qu’elles peuvent engendrer). Dans certains cas, il est possible d’avoir recours aux thérapies familiales et les thérapies de groupe.
  • Une aide sociale existe pour aider le sujet à une réinsertion sociale et professionnelle et ceci grâce au travail de multiples associations ainsi que de foyers de réinsertion.

Le but du sevrage de l’alcool est l’abstinence et surtout de maintenir cette abstinence. C’est le fruit d’une alliance thérapeutique entre le patient, volontaire motivé et désireux de réduire sa consommation, et son thérapeute, disponible à l’accompagner dans toutes les étapes du sevrage.

Le sevrage alcoolique peut se faire en ambulatoire, c’est-à-dire en consultation, ou au cours d’une hospitalisation.

La lutte contre la dépendance est un long combat. S’il y a une rechute, ce n’est en aucun cas un échec, mais une étape, un apprentissage, qui permet de comprendre les facteurs de risque de rechute et de déterminer le type d’aide dont le patient a besoin.

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